JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN BOURLINGUE AUX CÔTÉS DE BLAISE CENDRARS


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, L'INVITÉ CULTUREL DU 12:45


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN ET DARIUS PEYAMIRAS A LA PUCE


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN REJOINT L’ENFANCE DE BLAISE CENDRARS


THIERRY SARTORETTI PARLE DE BOURLINGUER AUX MATINALES


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN EST CENDRARS AU POCHE


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, LES ÉCLATS D’UN BOURLINGUEUR


CHÂTELAIN, L’HOMME FOUDROYANT


JEAN-QUENTIN BOURLINGUE


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN AU 12H30


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN INVITÉ SUR DÉTOURS


VOYAGE EN TERRE POÉTIQUE


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, VÉRITABLE INCARNATION DE CENDRARS


LA VIE DE BOHÈME


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, ACTEUR BOURLINGUEUR


JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN BOURLINGUE AUX CÔTÉS DE BLAISE CENDRARS
 

Pierre Philippe Cardt, RTS (la 1ère) Vertigo, lundi 17 février 2014

 

Jean-Quentin Châtelain est au micro avec Pierre Philippe Cadert.

 

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JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, L'INVITÉ CULTUREL DU 12:45
 

Claire Burgy / Anne Marsol, RTS - 12:45 Le Journal, 25 février 2014

 

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JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN ET DARIUS PEYAMIRAS A LA PUCE
 

Iris Jimenez, RTS - La Puce à l'Oreille, jeudi 13 février 2014

 

Jean-Quentin Châtelain et Darius Peyamiras sont invités à la Puce à l'Oreille

 

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Et pour écouter la chronique théâtrale de Pierre Leporri, cliquez ici.


 

JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN REJOINT L’ENFANCE DE BLAISE CENDRARS
 

Jean-Jacques Roth, Le Matin Dimanche, 16 février 2014

 

 

Le comédien romand est une fois encore seul en scène, cette fois pour Bourlinguer avec Blaise Cendrars.


 

C’est un Hercule aux pieds nus, le visage levé vers le ciel et l’œil clos, qui surgit du noir. Corps immense de sexagénaire ventru, immobile pendant les 80 minutes du spectacle : Jean-Quentin Châtelain impose une présence minérale mais vibrante, comme envahie par les souvenir, les vrais comme les faux. Alors, lorsqu’ils étaient là contenus, attendant d’enfin pouvoir s’écouler.

 

Le comédien romand est devenu le champion du soliloque depuis Mars, de Fritz Zorn, en 1986, ce récit terrible d’un jeune homme accusant sa famille et la bourgeoisie zurichoise d’avoir provoqué son cancer. Il s’est illustré depuis chez Pessoa, chez Romain Gary, chez Beckett, et rien ne paraît plus naturel que de le voir choisir un épisode de la tétralogie de Blaise Cendrars, Bourlinguer, écrite entre 1945 et 1949, tant la connivence est immédiate entre l’auteur voyageur, inventeur de sa propre vie, et le comédien à qui s’accroche si aisément l’image de l’ombrageuse solitude aventurière.

 

Le texte, tiré de Gênes, évoque en réalité des bribes d’enfance napolitaine vers laquelle l’écrivain de La Chaux-de-Fonds revient de l’âge de 20 ans, en 1906, endetté et fourbu. Il découvre un paysage défiguré par les projets immobiliers et se cloître dans le jardin du tombeau de Virgile où, enfant, il a dressé les escargots avec Elena. Il y  ressuscite ses premiers émois amoureux et l’imaginaire du petit peuple italien, mais la désillusion guette : « Il ne fait pas bon revenir dans le paradis de son enfance qui est un paradis perdu, le paradis des amours enfantines. »

La nostalgie s’accroche aux longues phrases que Jean-Quentin Châtelain déroule presque sans ponctuer, comme des rubans de Möbius. Sa voix reste surprenante, avec l’accent traînant et le timbre nasillard. Mais cette incantation monocorde, peu à peu, installe un effet de psalmodie, à mesure que les souvenirs affluent, et c’est presque un chaman que Jean-Quentin Châtelain termine sa traversée, mise en scène 


 

THIERRY SARTORETTI PARLE DE BOURLINGUER AUX MATINALES
 

Thierry Sartoretti, RTS (Espace 2) Les Matinales, mardi 11 février 2014

 

Thierry Sartoretti chronique Bourlinguer.

 

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JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN EST CENDRARS AU POCHE
 

Mireille Descombes, Polar, Polis  et Cie, 14 février 2014

 

 

La solidité du verre, la fragilité de la pierre, la brillance sans artifice du métal brut. Magnifique! Debout, pieds nus, les yeux plongés dans l'au-delà des mots, le comédien Jean-Quentin Châtelain incarne jusqu'au bout des doigts Bourlinguer de Blaise Cendrars. Presque pas de gestes, des silences tendus, la capacité à faire être et vivre sans rien jouer: un somptueux voyage immobile dans les souvenirs et les paysages italiens.

 

Publié en 1948 - Cendrars a alors 61 ans - Bourlinguer se compose de onze chapitres aux noms de ports. Le metteur en scène Darius Peyamiras et Jean-Quentin Châtelain ont choisi Gênes, mais le passage retenu se passe à Naples. Cendrars y raconte comment, à 20 ans, mal en point, fatigué, perdu, il est revenu sur les hauteurs du Voméro, les lieux de son enfance et de l'époque où il se livrait au dressage des escargots avec la petite Elena, sa complice d'aventures et de jeux, morte, tuée par un chasseur. Le récit est flamboyant, baroque, capricieux comme un chemin de montagne. Un épanchement volubile et parfois douloureux que Jean-Quentin Châtelain porte avec force et finesse, sans pathos ni mièvrerie. Du tout grand art!


 

JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, LES ÉCLATS D’UN BOURLINGUEUR
 

Alexandre Demidoff, Le Temps, 13 février 2014  

 

L’acteur genevois s’engouffre dans les broussailles d’un jardin autrefois enchanté, sur les traces de l’écrivain bourlingueur. Et il émeut en homme blessé guéri, peut-être, par le verbe. Un face-à-face avec les ombres à voir au Poche de Genève, avant le Théâtre de Vidy

 

Un molosse. Jean-Quentin Châtelain mord. Il veille sur un cadavre, en chien revenu de tous les abois. Il a gémi. Il parle à présent sur la scène du Poche de Genève. Sa voix épouse un souvenir de Blaise Cendrars. Ou plutôt un maquis de souvenirs. Ses pieds nus sont plantés dans le sol. Ils ne bougeront pas pendant près d’une heure trente. Son corps est un bloc, mais d’une roche friable. Son visage est hostile, lacéré de l’intérieur par le tourment. Jean-Quentin Châtelain ne vous regarde pas. Il se fond dans les ténèbres, celles de «Gênes», l’un des chapitres du recueil Bourlinguer. Il y cherche une trace, mot à mot; ou plutôt une guérison, celle à laquelle Blaise Cendrars dit aspirer dans «Gênes», guérison qui serait comme une renaissance. L’auteur appelle ce traitement «cure de Kim», clin d’œil au Kim de Rudyard Kipling. C’est ce qui se joue justement dans le Bourlinguer de Jean-Quentin Châtelain et Darius Peyamiras – son metteur en scène: le passage d’une douleur chienne à la douceur d’un rivage possible.

 

Vivre était l’ambition de Cendrars. Ecrire était une façon de parachever l’œuvre, d’ordonner la transhumance, de récapituler un gai savoir, de crépiter encore, de prendre rendez-vous avec l’inconnu. Jouer est l’ambition du Genevois Jean-Quentin Châtelain, son salut, parions, sa survie peut-être. Elle passe chez lui par l’épreuve du verbe, par la friction de la matière, matière qu’il ingère, décante, métabolise douloureusement, qu’il libère sans gaieté mais avec obstination, avec colère parfois et même, tenez, volupté.

 

Quand il est bien dirigé, il est toujours singulier, c’est-à-dire étranger, fascinant parce que capable d’infuser une prose, de la pénétrer en incube, sans la trahir. Se rappeler ici son Mars d’après Fritz Zorn à la fin des années 80, déjà guidé par Darius Peyamiras; mais aussi son sublime Ode maritime en 2009 à Vidy puis au Festival d’Avignon, entraîné sur la jetée du poète Fernando Pessoa par Claude Régy, un maître qui chaque soir veillait à l’exactitude de la moindre inflexion. S’il touche dans Bourlinguer, c’est qu’on sent bien qu’il se coule tout entier dans ce chant, qu’il se fait sillon et que ce sillon creuse dans la glèbe de Cendrars, comme s’il n’y avait entre l’acteur et l’auteur qu’une seule cicatrice, qu’un rictus hilare.

 

«Gênes», c’est l’histoire de Cendrars qui retourne dans le jardin d’une passion enfantine, non pas à Gênes, mais à Naples.


Il pousse la porte d’un enclos, jungle préservée sur la colline ratiboisée depuis par les promoteurs. Partout, les taillis embaument. Partout rôde l’ombre d’Eléna, cette fillette tant aimée avec laquelle il traquait les oiseaux. Enfants, elle et lui s’enfouissaient dans le creux d’un arbre, noués de tous leurs doigts, dans l’espérance d’un chardonneret. Mais un jour une balle fuse. Un chasseur maladroit. Un volatile chanceux. Et c’est Eléna qui meurt. Jean-Quentin Châtelain descend la pente de cette mémoire, paupières closes, torse tanguant, andante. Il ne revit pas l’histoire; il l’arrache aux profondeurs. Il fore et dans cet effort avoué, dans cette sueur versée au vu de tous, il se ressoude, comme si dire Cendrars, c’était forcément aller de la cendre à l’art; comme si tout l’enjeu du spectacle était là, jouer encore, malgré la détestation de soi, ou fort d’elle.

 

L’enfant Cendrars offre à Eléna des escargots. Non pas un, mais une nation d’escargots. Il les dresse, organise leur parade. C’est leur fantasia à eux. Leur amour gluant. Ecoutez Jean-Quentin Châtelain raconter cette fête, sa voix de marécage qui file soudain en eau douce, les rires qui clapotent en galets dans la salle. Regardez-le qui s’éclaire sous sa cloche ajourée – son repaire, son nid, conçu par Gilles Lambert. Son sillage est drôle puis triste, triste puis drôle. «Gênes» est une prière d’amour, ardente et impie. Jean-Quentin Châtelain est cet impie qui prie.

 


 

CHÂTELAIN, L’HOMME FOUDROYANT
 

Christophe Passer, L’Hebdo, 13 février 2014

 

Avec «Bourlinguer», monologue sur des extraits du livre de Cendrars, l’acteur construit une puissante ode à la vie. Au Poche de Genève, ensuite à Vidy.

 

Solitude C’est comme s’il lui fallait monter en puissance, à Châtelain. Au début, dans l’ombre, dans les commencements des premières phrases, il y a les retrouvailles avec cette solitude et le phrasé unique qui est sa marque, comme une drôle de prière, un flottement dans le rythme du texte, une façon de littéralement se chauffer.

Il existe la tentation alors de se dire que ce coup-là, il sait le faire: Jean-Quentin Châtelain en solo, pieds nus, manteau de pauvre, retrouvant une mise en scène (une sobriété extraordinaire) de Darius Peyamiras. Et alors il y a le texte, l’envoûtement absolu et vénéneux des extraits de Gênes, l’un des chapitres de Bourlinguer de Cendrars. Les passages choisis parlent en fait de Naples, de l’enfance, de l’érotisme, de courses d’escargots, du tombeau de Virgile, d’un pin millénaire, de l’écriture qui est la vie, de la terre sensuelle où se coucher et d’Elena, compagne de jeux morte de la balle perdue d’un chasseur

Châtelain réinvente ce texte, au sens du vivant, de sa façon de le rendre prodigieusement instable, d’en faire un suspense étrange, un sinuement vers l’inattendu comme principe. Au bout d’un moment, une demi-heure, ça ressemble à de l’hypnose. Une magie. Il est dedans tellement, il est bourlingueur tellement qu’il vous noue la gorge à chaque phrase. Il est chaud, à bonne vitesse, la sienne seulement, l’unicité qui devient bouleversante car fraternelle. Bien sûr, avec Châtelain, rien n’est verrouillé, tout est risque, on ne sait rien de cette «roue des choses» qui peut changer de nuit en nuit. Mais cette nuit-là, il avait du génie.


 

JEAN-QUENTIN BOURLINGUE
 

Cécile dalla Torre, Le Courrier, 12 février 2014

 

Jean-Quentin Châtelain n’en est pas à son premier monologue. C’est même avec celui de Fritz Zorn, déjà monté par Darius Peyamiras en 1986, que le succès arrive. Aujourd’hui, avec Bourlinguer, le metteur en scène lui offre un rôle sur mesure, qu’il campe avec toute la grandeur du personnage qu’il est devenu. Mais sans perdre la rusticité et le naturel que lui offre la prose de Cendrars. Le grand comédien romand mord dans les étales de la paysannerie de Gênes à pleines dents. Statique et pieds nus sur la scène genevoise du Poche avant Vidy-Lausanne, Jean-Quentin Châtelain s’empare, paupières mi-closes, du souvenir de l’enfance napolitaine du poète. On dévale avec lui sur les pentes de la mémoire, entre la vie et la mort qui emporte la petite Elena. Et l’on savoure cette course farfelue d’escargots, qui finissent par pourrir dans un placard, Ce paradis perdu de l’enfance, la scène le fait revivre splendidement. Un grand moment de théâtre.


 

JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN AU 12H30
 

 

Christophe Sierro, RTS - La 1ère, Le 12h30, 10 février 2014

 

Jean-Quentin Châtelain, L'invité du 12h30

 

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JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN INVITÉ SUR DÉTOURS
 

Madeleine Caboche, RTS - La 1ère, Détours, 10 février 2014

 

Jean-Quentin Châtelain répond à Madeleine Caboche pour Détours

 

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VOYAGE EN TERRE POÉTIQUE
 

Propos recueillis par Fabien Franco, Kaële Magazine, février 2014

 

 

 

Avec Bourlinguer, le metteur en scène Darius Peyamiras concentre son regard sur le jardin de l’enfance, « ce paradis perdu » décrit par Blaise Cendrars. Son adaptation permet de redécouvrir la verve de l’écrivain des voyages et de l’enchantement et la profondeur de son engagement créatif.

 

 

Pourquoi avez-vous choisi d’adapter le passage sur l’enfance dans l’autobiographie romancée de Blaise Cendrars ?  


L’écriture de Blaise Cendrars s’articule comme un collage composé par des éléments textuels de nature différente. L’on y trouve des éléments narratifs, des réflexions, des souvenirs. Je voulais adapter toute la partie se déroulant à Naples. Rapidement je me suis rendu compte que ce n’était pas envisageable. Je me suis alors focalisé sur ce que je considère comme étant l’essence du texte, c’est-à-dire le retour au paradis perdu. Ce paradis qui nous concerne tous et qui fait référence au jardin d’Eden. Cette dimension mythologique dépasse les souvenirs d’enfance de l’homme mais touche bel et bien à quelque chose d’universel. Il m’a semblé plus intéressant de retourner dans l’enfance pour dire la quête profonde de Blaise Cendrars qui consiste à retrouver les sensations, l’émerveillement, les visions d’un temps passé pour le sublimer, ou plutôt pour le « brûler et le réduire en cendres » comme il dit, et non pas dans les souvenirs de l’âge adulte. C’est aussi ce jardin, que la langue poétique et musicale de Cendrars décrit d’une façon très touchante, que je veux offrir aux spectateurs.

 

Paradis perdu, jardin d’Eden... vous semble-t-il distinguer une dimension « religieuse » dans ce texte, au sens premier du terme ? 


Effectivement, Cendrars relie l’homme à la nature, au cosmos, à ses origines. Il se questionne : qui suis-je ? Qui est cet homme ? Des questions fondamentales chez Cendrars qu’il pose très simplement. Il fête son anniversaire et s’interroge. Ce ne sont pas véritablement des souvenirs d’enfance car l’écrivain mêle la réalité à la fiction. Le personnage d’Elena est inspiré par celui d’une femme, Hélène, rencontrée à Saint-Pétersbourg alors qu’il était commis dans une bijouterie. L’homme a été très disert sur cette relation qui est devenue par la suite épistolière. On sait, grâce à sa correspondance que Cendrars a pris soin de recopier, que Hélène est morte brûlée vive. Il en sera bouleversé. Dans Gênes, Cendrars relie aussi trois âges de sa vie : le soixantenaire qui se souvient, le jeune homme de vingt ans et l’enfant. Il est marqué par la philosophie de Schopenhauer que l’on peut résumer ainsi : le monde n’est rien d’autre que la représentation que l’on s’en fait. Pour Blaise Cendrars, écrire le monde et le vivre sont deux choses étroitement liées.

 

Cendrars décrit un caractère aussi tendre que dur.


Il y a chez cet écrivain un mélange extrême de violence et de douceur.

 

Comment avez-vous travaillé votre adaptation ?


J’ai à la fois coupé et monté des passages du texte en construisant le récit autour d’Elena, en y ajoutant les réflexions sur l’être humain, la nature et sur la Roue des choses, avec la volonté de rendre compte de ce que signifiait pour Cendrars l’acte d’écrire et celui de vivre. On dit de lui que c’est un rhapsode (chez les Grecs, nom donné aux artistes qui allaient de ville en ville chanter des poésies et des morceaux de l’Iliade et de l’Odyssée d’Homère). Son écriture rhapsodique procède par collage, comme un patchwork. Je voulais conserver cette forme d’écriture tout en épurant la thématique. Cette oralité quelque fois évoquée par Cendrars recouvre une forte musicalité et une rythmique évidente.

 

Qu’avez-vous appris sur cet écrivain que vous adaptiez pour la première fois ?

 

L’utilisation de l’écriture, cette mise en jeu extrême de sa vie dans l’écriture, pour tenter de se connaître. Cette quête métaphysique m’a beaucoup touché. J’ai aimé les contradictions d’un personnage très terre à terre, s’intéressant à tout et à tous, ayant fait la guerre, pionnier dans nombre de domaines comme le cinéma, la photographie, la poésie... J’ignorais tel foisonnement. Il est allé à la rencontre de la vie, des gens, des paysages, cherchant l’aspect magique et flamboyant des choses pour pouvoir les écrire. Cendrars fait œuvre de créateur. Il ravive les feux de l’enfance, puis ceux du jeune homme, tout devient incandescent comme ce nom qu’il s’est inventé. Il a perdu une partie de son bras droit durant la guerre de 14-18, il a dû réapprendre à écrire de sa main gauche ; d’après certains critiques la force de son écriture vient de là. Ce malheur a été moteur de création. Lorsqu’on lui pose la question s’il aime écrire, il répond que c’est aller au bagne que d’écrire mais il dit aussi que c’est plus fort que lui, que c’est une nécessité. Écrire demande beaucoup d’efforts et de discipline, quand Cendrars dit qu’il n’y a rien de mieux que d’être couché sur le pont d’un bateau et de pouvoir contempler les cieux...

 

Jean-Quentin Châtelain incarne Cendrars.  

 

C’est un ami avec lequel j’avais envie de travailler à nouveau. Pour faire vivre ce texte, il faut un être inspiré capable de voyager dans des sphères éthérées comme de s’ancrer profondément dans le sol. Jean-Quentin est un funambule du monologue.

 

Ce sera l’occasion pour les spectateurs de redécouvrir Cendrars.  

 

En lisant Cendrars, j’ai pensé aux multitudes d’interprétations possibles que le texte pouvait impliquer. J’ai choisi une proposition, une expérience cendrarienne pourrait-on dire, parmi toutes les autres existantes. L’œuvre mérite d’être davantage adaptée non seulement au théâtre mais aussi au cinéma, me semble-t-il. Cendrars a traversé l’Histoire : la révolution russe, la révolution artistique à Paris, avec Picasso, Fernand Léger etc. Traiter ce personnage comme étant ce bourlingueur cosmique qui cherche le secret des choses. Il n’a jamais voulu s’inscrire dans un courant ou une école déterminée. Il était toujours en partance.

 

Peut-être reste-t-il encore à évaluer l’héritage laissé par Cendrars ?

 

Nous sommes en train de le redécouvrir avec le travail de sa fille Miriam et la publication à la Bibliothèque de La Pléiade de ses œuvres autobiographiques. Pendant longtemps Cendrars a été considéré comme l’écrivain-voyageur sans que la profondeur de sa quête ait été mise en avant. Il fait partie des grands écrivains du vingtième siècle.

 

Que fait résonner chez vous ce texte de Cendrars ? 

 

Le déracinement et la quête de soi. Je ne me sens pas moi-même créateur au même titre que l’écrivain ou le peintre. En tant que metteur en scène, je donne vie au texte sur scène. Je me sens être un passeur. L’évocation du paradis perdu me rappelle mon enfance à Lausanne où non loin de chez moi une maison abandonnée et son jardin, que nous appelions la maison des Hongrois, constituaient un terrain de jeu fascinant. J’avais entre six et dix ans. Cette période marque aussi la confrontation avec le monde adulte.

 

Comment rendez-vous sur scène l’intimité du monologue ?

 

Il y a un décor, un jeu de lumières et du son. Un demi-cône dans lequel se tient un Jean-Quentin Châtelain à la fois ancré dans la terre et aspiré par le cosmos.

 

Si vous deviez ajouter un sous- titre au Bourlinguer de votre pièce ?

 

Voyage à l’intérieur d’une quête poétique.


 

JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, VÉRITABLE INCARNATION DE CENDRARS
 

Pascal Sauvain, Les Nouvelles de la Vieille-Ville, février 2014


 

Une intense actualité éditoriale rend hommage à Blaise Cendrars, cent ans après la parution de « La Prose du Transsibérien » en 1913. Depuis une vingtaine d’années, les universitaires ont réévalué l’écrivain d’origine suisse, qui n’est plus considéré comme un « amuseur pittoresque » ou un simple « conteur » Il est d’ailleurs entré à la Pléiade depuis peu.

 

« Jusqu’à quel point Blaise Cendrars, ce grand aventurier de la littérature suisse, serait véritablement à l’origine du mot « bourlinguer » ? Peu importe, la légende est jolie. Né en 1887 à La Chaux-de-Fonds, l’écrivain poète d’origine suisse a fait de sa vie un roman, et de ce roman une œuvre d’art. » Tels sont les mots de la directrice du Poche Françoise Courvoisier, visiblement enchantée à l’idée d’entendre Jean-Quentin Châtelain interpréter du 10 février au 2 mars des extraits de la période napolitaine de « Bourlinguer », le roman de Cendrars paru en 1948.

 

L’art du monologue

 

Tout ce qui arrive au héros est insolite, extraordinaire, et donne lieu à une écriture particulièrement inventive, qui passe de l’anecdote détaillée à des réflexions plus profondes sur le genre humain. Jean-Quentin Châtelain, qui fait du monologue un art de haute voltige, était l’homme de la situation pour prendre en main ces bribes de texte. « Le monologue, c’est le plaisir du vide, de cette solitude sur le fil qui donne la beauté au voyage. » explique-t-il. Ou encore : « C’est un travail de conteur, de l’ordre de la confession. Le travail sur l’auteur est conséquent. »

 

De l’anecdote détaillée à la réflexion sur le genre humain

 

Dans ce récit de la tendre enfance de Cendrars, « on croise le tombeau de Virgile, les joies enfantines, la tendresse et les coups de gueule d’un auteur déjà révolté par la société qui l’entoure. » remarque Châtelain. Cendrars revient en effet en 1906, à tout juste 20 ans, constater que son petit îlot de jeunesse a bien changé, en proie à des projets immobiliers plus ou moins douteux… D’une manière plus générale, Cendrars évoque pour Châtelain « la découverte d’un langage très libre, dont il nourrira des Céline et autres Romain Gary. C’est enfin un auteur qui nous fait rêver, à l’instar d’un Nicolas Bouvier. »

 

Jean-Quentin Châtelain, monstre de la scène

 

La mise en scène de Bourlinguer est signée Darius Peyamiras qui retrouve Jean-Quentin Châtelain… 28 ans plus tard ! En 1986 en effet, ils réalisèrent leur premier grand succès avec « Mars » de Fritz Zorn. Le roman sous-titré « Je suis jeune, riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé, et seul » racontait déjà une histoire d’ « Homme révolté » (Sartre) ou « foudroyé » (Cendrars, premier opus de la tétralogie dont « Bourlinger » fait partie. « Avec Darius, on ne s’est jamais trop perdu de vue ; il est vrai que je butine beaucoup ! » avoue l’électron libre Châtelain.

 


 

LA VIE DE BOHÈME
 

Arnaud Eberlé, Go Out !, février 2014

 

 

 

Le Poche offre en février son plateau à Blaise Cendrars. Avec Jean-Quentin Châtelain, le metteur en scène Darius Peyamiras a choisi de s’intéresser à l’œuvre Bourlinguer de l’aventurier d’origine suisse, plus particulièrement au récit Gênes, qui retrace les fragments de la jeunesse de l’auteur. La pièce est un monologue qui amène le baroudeur à faire un voyage intérieur.

 

Une vie d’aventure

On doit à Blaise Cendrars l’expression « bourlinguer », qui signifie mener une vie aventureuse. Même si l’origine du mot n’a jamais pu être clairement déterminée, c’est bel bien et plausible. En effet, Frédéric Louis Sauser (son vrai nom) a quitté la Suisse à l’âge de 17 ans pour partir en Russie, ensuite aux Etats-Unis. Une existence errante commencée très tôt. Toute son œuvre littéraire en est inspirée et la pièce tirée de son œuvre. La vie de Cendrars est donc une mise en abyme, qu’on peut comprendre à différents niveaux.

 

Un acteur proche de l’auteur

« Bourlinguer » aurait aussi pu être inventé par Jean-Quentin Châtelain. Le comédien a passé sa vie sur la route, ses parents – pionniers du nouveau nomadisme – ont sillonné l’Europe pendant plus de 10 ans. Le texte est un monologue, un genre qu’affectionne particulièrement l’acteur dans lequel il excelle. Il avait notamment brillé dans Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas d’Imre Kertész. Bien que d’une époque différente, les deux hommes sont proches par leur mode de vie. Jean-Quentin Châtelain : l’acteur rêvé pour jouer dans la pièce.

 

Bourlinguer pour se forger

Voyager ne se résume pas seulement à voir des gens passionnants ou à rencontrer des paysages surprenants. Ainsi le mot de Cendrars signifie dans le langage des marins faire des efforts pour avancer contre le vent et la mer. De même, l’écrivain, dans le long périple qu’a été sa vie, a dû parfois lutter, comme lorsqu’il a perdu son bras droit pendant la guerre. La manière dont le comédien apprend son texte relève aussi du défi. Il se prépare physiquement en passant des heures sur les routes à pied ou à vélo pour être à son maximum sur scène. Ainsi pour lui : « Le texte, c’est une charge, mais on voit du pays aussi avec un texte. »

 

Un voyage intérieur

L’ouvrage décrit une partie de la vie de Cendrars. Les étapes vécues par cet homme peuvent paraître anodines, mais il faut chercher à aller au delà de la surface, à dépasser les mots. Le spectateur se doit d’effectuer sa propre pérégrination intérieure, afin de comprendre la philosophie qui se dégage du récit. Il voyagera à travers un sentier chargé de poésie et de mystère. Grâce à la force des évocations, le metteur en scène parvient à nous parler non seulement de l’histoire d’un homme mais aussi de l’humanité en général.


 

JEAN-QUENTIN CHÂTELAIN, ACTEUR BOURLINGUEUR
 

Alexandre Demidoff, Le Temps - Sortir, février 2014

 

Le comédien suisse prête voix à «Bourlinguer» de Blaise Cendrars - ode voyageuse

 

Bourlinguer. Ce verbe suggère tout: le roulis du bateau et les langues qui se mêlent en écume. On n'y résiste pas. Fracassé de partout, Blaise Cendrars a vagabondé de ports en villes fantômes, d'hôtels nyctalopes en gares interlopes. Ces zigzags, qui composent la trame de ses jours, ont nourri des textes qui sentent l'encens, le charbon et l'eau-de-vie - ils sont réunis sous ce titre, Bourlinguer, justement. Parce que Jean-Quentin Châtelain est sans doute lui-même bourlingueur, parce que d'une scène il fait un territoire, d'un texte une ligne de fuite, d'une phrase un garde-fou; parce qu'il a été blessé, parce qu'il s'est cru maudit peut-être, il paraît prédestiné à dire ces vies bourlinguées.

Il y a une vingtaine d'années, il prêtait corps à Fritz Zorn, ce jeune bourgeois zurichois qui raconte avant de mourir comment son milieu l'a détruit. Le livre s'appelle Mars. Il fait date et stèle. Le spectacle bouleversait, grâce à l'acteur et à son metteur en scène Darius Peyamiras. C'est ce dernier que Jean-Quentin Châtelain retrouve pour Bourlinguer. Le comédien mettra ses pas dans ceux de Cendrars, comme naguère dans ceux de Samuel Beckett - se rappeler sa randonnée irlandaise, dans Premier Amour, au Théâtre de Vidy en 1999. Il poursuivra des paquebots, fraternisera avec des culs-de-jatte, s'enivrera d'un parfum, prendra le large, puis reviendra sur ses pas. Jean-Quentin Châtelain sait faire ça: s'échapper, mais en spirale.


 

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