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SAGA POLITIQUE
Cécile Dalla Torre, Le Courrier, 15 novembre 2012
Yann Reuzeau, metteur en scène et auteur de science-fiction ? On aimerait le croire et imaginer que rien de ce que le jeune Français projette dans sa saga politique – à voir à Genève après une salle comble à Neuchâtel – n’emprunte à la réalité. Sauf que sa plume vive, talentueuse et bien documentée pénètre au cœur d’une campagne électorale tumultueuse, non sans rappeler celle de 2002 qui faillit aboutir à la victoire de Le Pen. De là à nous alerter sur la fragilité de nos démocraties, en écho à l’accession d’Hitler au pouvoir et à la montée de l’extrême-droite en France, il n’y a qu’un seul pas que les planches franchissent brillamment. Pour avoir commencé par le dernier des quatre feuilletons, nous confirmons que l’ordre, là non plus, n’a pas d’importance. UNE SERIE THEATRALE EN QUATRE EPISODES David Cherix, Nouvelles de la Vieille-Ville, novembre 2012
Jusqu’au 25 novembre, le Théâtre de Poche accueille Chute d'une nation de Yann Reuzeau, une saga politique qui nous entraîne dans les coulisses d'une campagne électorale. La particularité de cette pièce, créée à Paris avec un succès retentissant tant auprès des médias que du public, c'est qu'elle se décline sous forme de série théâtrale en quatre épisodes. Les spectateurs peuvent regarder tous les épisodes ou chaque épisode séparément, les comédiens jouant en prologue de chaque représentation le résumé des épisodes précédents… comme les séries tv.
Chaque épisode peut donc être vu pour lui-même, puisque des flash-back regroupant les moments clefs sont présentés avant chaque partie. Mais il est plaisant de les voir les quatre, en deux soirées ou en une journée exceptionnelle: le dimanche 25 novembre. Et pour les «addict»… un pass est proposé pour les 4 épisodes!
Épisode 1: La petite phrase Alors qu’il vient tout juste de purger une peine de 10 ans d'inéligibilité, Mr Perquis décide de participer aux primaires de L’Union de Gauche. Son retour choque beaucoup de monde et le député de L’Union Jean Vampel se fend d’une attaque brutale contre lui. Le tourbillon médiatique qui en découle incite Vampel à se présenter lui-même aux primaires de son parti.
Épisode 2: Fratricide Les primaires de L'Union de Gauche sont brutales pour Jean Vampel et la petite équipe. La campagne est difficile, les sondages leur donnent un score ridicule... Pendant ce temps-là, le contexte politique est marqué par un attentat spectaculaire et un fait divers tragique prend de l'ampleur.
Épisode 3 : Chaos Les primaires terminées, la campagne Présidentielle s'ouvre sur un drame national imprévisible qui laisse l’opinion sous le choc et qui change radicalement le cours des élections. Étrangement, Vampel est finalement candidat. La campagne devient explosive, incontrôlable, imprévisible...
Épisode 4 : Dernières extrémités Le deuxième tour propose un duel inattendu, étrange et presque effrayant. Le pays semble au bord de l'implosion, déchiré entre deux visions radicales. L'ombre d'un trucage plane. La tension n'a jamais été aussi forte.
L’histoire de Chute d’une nation se passe dans une France proche de celle que nous connaissons, dont tous les personnages et évènements sont fictionnels. L’idée abordée est que la démocratie est incroyablement fragile, qu’elle dépend de la bonne volonté des hommes, de tous les hommes, de toutes les générations. Elle ne permet aucun moment de faiblesse, aucune génération inconsciente, qu’aucun homme de pouvoir ne fasse un jugement tactique malheureux…
«Cette pièce a l’ambition de parler de la démocratie d’hier et de demain et de ceux qui la font, qui la feront. Ce projet est une fiction, en aucun cas un manifeste pour ou contre tel ou tel autre homme politique, explique Yann Reuzeau. Il s’agit pour moi d’explorer les choix de quelques hommes à un moment où l’Histoire bascule. Quand, comment et à quel point réalisent-ils qu’il se joue quelque chose de différent, dont ils sont les acteurs pour le meilleur ou pour le pire? Comment gèrent-ils les choix qui vont faire basculer l’Histoire? Quels impacts les violentes secousses de l’Histoire ont-elles sur eux, sur leurs engagements, leurs convictions? Comment se comportent-ils quand ils entrent dans l’oeil du cyclone, quand l’Histoire commence à s’écrire sous leurs pas, par leurs mots, par leurs actes? Ce qui m’intéresse aussi, c’est le cheminement de ces hommes, de la quasi innocence avec laquelle un jeune député se lance dans les primaires, à la conscience violente d’avoir une part de responsabilité dans un événement d’une gravité extrême. En ce qui concerne la forme, l’idée de la série s’est imposée pour ce projet. Elle permet de développer des personnages, une intrigue, sur une plus longue durée, de leur donner une ampleur autre, d’apporter un lyrisme, et également une gestion du suspens très différente et très excitante.» LARÈNE POLITIQUE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ Katia Berger, Tribune de Genève, vendredi 9 novembre 2012
Le Poche accueille Chute d’une nation, série théâtrale en 4 épisodes signée Yann Reuzeau.
Une forme inédite pour un spectacle hors normes. Quatre épisodes totalisant bout à bout une durée de 7 heures 10, mais visibles séparément. Un dispositif scénique minimal, reposant entièrement sur le jeu époustouflant de douze acteurs marathoniens. Un thème – les rouages de la politique en démocratie contemporaine – traité dans un style hyperréaliste par le brillant dialoguiste et efficace metteur en scène qu’est Yann Reuzeau, amplement salué par la critique en France. Et un ressort narratif qui puise ouvertement dans la série américaine des années 2000, A la Maison-Blanche en tête.
Si Chute d’une nation s’inspire au départ de la timide entrée en politique d’Adolf Hitler, elle s’apparente très mimétiquement, à l’arrivée, à la récente élection présidentielle française. Les noms sont fictifs, mais le contexte est familier. Un député de l’Union de gauche, que son tiraillement entre foi chrétienne et idéalisme radical réduit à la discrétion, se voit, par le jeu des stratégies partisanes, propulsé sur le devant de la scène. De la campagne des primaires à l’accession au pouvoir, Vampel passera de la réticence à l’enivrement, de l’ambition à l’orgueil. Et le spectateur suivra cette évolution sans qu’aucun des rapports de force, aucun des coups bas adverses, aucune des pressions médiatiques, aucun des déchirements internes ne lui soient cachés. Archidocumenté sur le plan politique, archisagace sur le plan psychologique, Reuzeau ne néglige pas un détail de la saga, et immerge son public dans une matière politique qui apparaît aussi haletante que captivante.
Mais comment y parvient-il ? En se calquant sur le modèle de la série TV. Tout y est : le résumé de l’épisode précédent, le teaser du suivant, et le rythme effréné des séquences. Pour l’auteur, la qualité scénaristique des séries Lost, 24 heures chrono et Les Soprano représentait un défi d’écriture qu’il voulait relever sur scène. Et comme son histoire d’un député « depuis l’anonymat jusqu’au second tour » était trop longue pour un format standard, « les deux envies se sont télescopées ». A cela, il faut ajouter que « les carrières politiques telles que les feuilletonnent les « spin doctors » d’aujourd’hui font écho aux fictions télévisées ». Finissant par exercer, sur le public comme sur l’électorat, une même addiction à perdre haleine. Une addiction qu’exploite Chute d’une nation tant par goût du challenge que par tentation d’opportunisme. Mais là encore, n’est-ce pas, opportunisme et politique font par définition bon ménage… LA PRESIDENTIELLE QUI BRÛLE LES PLANCHES Marie-Pierre Genecand, Le Temps, jeudi 8 novembre 2012
A Genève, «Chute d’une nation» raconte la lutte pour le pouvoir. Palpitant et efficace, ce thriller a cartonné à Paris l’an dernier
Cette semaine, il y a eu le dénouement du duel Obama-Romney. Il y a aussi eu Joël Dicker et sa course vers le Goncourt. Chute d’une nation, à l’affiche du Poche, à Genève, a quelque chose à voir avec ces deux sujets d’actualité. Ce spectacle du Français Yann Reuzeau, qui a comblé le public de Neuchâtel au Théâtre du Passage le week-end dernier, raconte une campagne présidentielle et ses dessous médiatico-politiques. Il se dévore comme La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, du jeune écrivain genevois.
Conçu en quatre épisodes – soit quatre représentations différentes –, Chute d’une nation a l’efficacité d’une série TV et la force d’une charge théâtrale. Face à cette observation sans concession, on pense à Michel Vinaver, Friedrich Dürrenmatt ou Howard Barker, autant de dramaturges habiles à chroniquer l’âpreté des luttes pour le pouvoir, sur les traces de leur génial ancêtre, William Shakespeare.
Yann Reuzeau est jeune, il a 34 ans, mais cet auteur et metteur en scène maîtrise déjà l’art de peindre les alliances troubles des politiciens avec les médias ou le monde des affaires. A Paris, il dirige le théâtre de la Manufacture des Abbesses, petite salle privée de 120 places qui a l’ambition de défendre les auteurs contemporains et les écritures fortes. L’affaire est bien engagée avec Chute d’une nation. L’an dernier, le spectacle s’est joué 150 soirs, de décembre à mai, en résonance, bien sûr, avec la vraie campagne présidentielle qui bouillonnait au dehors.
Dans un décor rudimentaire (quelques chaises, des ordinateurs, des téléphones), Yann Reuzeau ne se refuse rien en termes de rebondissements spectaculaires et autres coups de théâtre. Au second épisode, il enchaîne l’attentat d’un lieu emblématique et la mort accidentelle d’une personnalité encore plus emblématique… On ne dévoilera rien, car le suspense fait partie du plaisir, mais le ressort est clair: au-delà de la fine observation des mécanismes politiques, la crise et l’accident font partie de l’arsenal narratif. Difficile, du coup, de prévoir ce qui, dans les épisodes 3 et 4, va encore percuter l’équipe de Jean Vampel (Walter Hotton), ce député discret, catholique de gauche, que Weider (Didier Mérigou), chef de campagne, décide de hisser au plus haut niveau. Mais impossible aussi de ne pas vouloir le savoir.
Après avoir croisé le destin de Quieroz (Emmanuel de Sablet), le pape des microcrédits qui préfère Vampel à Baubrac (Manga Ndjomo), candidate de la gauche officielle; après avoir savouré les relations plus que proches entre Debiewski (Raphaël d’Olce), le journaliste du grand quotidien de gauche, et Porémon, la chargée de communication de Vampel (Sophie Vonlanthen), on a envie de connaître la suite de ces tribulations qui impliquent cœur, corps et esprit, et que les comédiens incarnent avec un magnifique appétit.
D’ailleurs, il n’y a pas que des coups d’éclat dans cette saga. Lorsque Vampel préconise la fermeture des établissements privés afin de consacrer toutes les forces financières de l’Etat à l’école publique, c’est un vrai débat – et sans doute un réel plaidoyer – qu’entame l’auteur. De la même manière, lorsque, dans un meeting politique, la présence des parents d’un policier tué fait basculer la balance du côté de l’orateur, on se souvient de toutes les fois où les candidats en campagne se sont disputé la récupération d’événements tragiques.
«L’histoire de Chute d’une nation est très différente de l’accession au pouvoir d’Hitler, mais elle vient de là, de cette idée que la démocratie est incroyablement fragile, qu’elle dépend de la bonne volonté des hommes et de toutes les générations», observe Yann Reuzeau. La fragilité, on la sent constamment dans la tension qui agite le staff de Vampel, au cours du deuxième épisode. Cris et larmes, la politique rend fou. Seul Vampel est royal, car encore épargné par cette rage du pouvoir. Il ne le restera sans doute pas, mais pour le savoir, il faut voir la totalité de ce feuilleton théâtral. On y courra. LA SUITE AU PROCHAIN EPISODE Dominique Bosshard, L’Express/ L’Impartial, le 2 novembre 2012
Un jeune auteur fait chanceler la démocratie sur la scène du Passage
Engouement du public et presse unanime ont fait de «Chute d’une nation» l’un des événements de la saison théâtrale parisienne, en 2011. Un succès qui n’était certes pas joué d’avance: découpée en quatre épisodes, la pièce s’engouffre dans le sillage d’un obscur député, propulsé jusqu’aux portes de la présidence... Entretien avec Yann Reuzeau, le jeune auteur de ce fascinant thriller politique qui, ce week-end, devrait tenir en haleine le public du Passage, à Neuchâtel.
Pourquoi vous êtes-vous risqué sur ce terrain politique, a priori rébarbatif?
J’ai toujours écrit des pièces sur des sujets socio-politiques, tels que la prostitution, les SDF, les sectes. Ça fait longtemps que j’avais envie d’affronter un sujet politique de façon plus directe. J’ai donc cherché un angle particulier. Comment la démocratie peut-elle s’autodétruire? Je suis parti de là. En étudiant les années 1930 à l’école, j’avais été choqué par l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Par la manière, tout à fait démocratique, dont, plus que lui encore, les gens autour de lui avaient construit cette victoire. Von Papen, notamment, a proposé le nom d’Hitler en pensant qu’à ce moment-là il était très faible et qu’il pourrait le manipuler facilement. C’était un calcul politique certes peu glorieux, mais pas non plus scandaleux; ces stratégies ne sont pas rares en démocratie. Von Papen a néanmoins endossé une responsabilité historique très lourde. Cette responsabilité des hommes politiques, les plus purs soient-ils, m’intéresse.
Vous osez, en outre, étirer votre sujet à la manière d’une série, sur quatre épisodes. Kamikaze?
Il y avait l’idée d’un défi, oui. J’ai une fascination pour les séries américaines du début des années 2000; avec «Lost», «24h chrono», «WestWing», «Les sopranos », on a assisté à une vraie explosion qualitative, qui a quelque peu modifié mon regard sur la télé. Ça m’intéressait de voir comment on pouvait, en termes d’écriture, gérer les personnages sur une durée plus longue; comment, d’épisode en épisode, gérer leur évolution. Mais ma réflexion était un peu vague et théorique, car les séries n’existent pas au théâtre. Et puis, quand l’histoire a commencé à naître, je ne voyais pas trop comment la traiter en 1h30 seulement. Ces paramètres se sont rencontrés pour créer un truc qui n’existe pas a priori.
Outre cette gestion du personnage sur le long terme, avez-vous détourné d’autres procédés propres à la série TV?
Faire du théâtre reste très différent de la série télé, de sa dynamique, de son rythme, de ses codes; nous en jouons un peu, mais sur le mode du clin d’oeil. Nous avons, essentiellement, repris l’idée des «précédemment » et des «prochainement» en début et en fin d’épisode. En fait, chaque épisode de la pièce développe une histoire à part entière, mais il était important aussi que les quatre forment un tout. D’où ce système du «précédemment- prochainement» joué sur scène, un code que le spectateur connaît bien, et qu’il est amusant, je pense, de retrouver dans un lieu qui n’est pas fait pour ça. Sinon, ce spectacle reste du théâtre; chacun de mes projets a son énergie, son style propre; dans «Chute d’une nation », c’est, aussi, l’histoire qui dicte le rythme. Les séquences sont parfois extrêmement courtes, parfois très longues, tel ce discours, ininterrompu, d’une dizaine de minutes.
Dans cette transposition théâtrale d’un propos politique, quel piège a été le plus difficile à déjouer?
Le plus évident, celui de la couleur politique du personnage principal. Tout le monde a des convictions, et se pose alors le problème de l’identification ou du possible rejet de certaines idées. La plupart des fictions politiques abordent leur propos avec un personnage de gauche. Donc, au départ, je voulais qu’il soit de droite; mais c’est devenu compliqué pour des questions de construction dramaturgique. Je voulais, surtout, un conflit interne. J’ai développé ce personnage tout à la fois de gauche et catholique très fervent. Son hostilité à l’avortement le met dans une position très compliquée par rapport à la ligne de son parti. La pièce n’est pas une pièce militante, elle ne défend ni ce personnage en particulier ni des idées de gauche en général. Diverses convictions y sont débattues, divers points de vue y sont évoqués. Ce sont les débats d’idées qui sont intéressants, les choix que l’on est amené à faire, et les conséquences de ces choix. Se présenter à une élection présidentielle, c’est une énorme responsabilité et l’on se demande, parfois, si les hommes politiques en ont conscience.
CAP SUR LES ÉCRITURES CONTEMPORAINES Yann Reuzeau s’est mis à écrire avant de prendre ses premiers cours de théâtre, en 1996 avec Thomas Le Douarec. Celui-ci lui offre l’opportunité de faire ses premières armes de comédien dans «L’idiot», «Tout ce qui bouge», «Du vent dans les branches de sassafras». En 2006, Reuzeau ouvre la Manufacture des Abbesses, à Paris, avec Sophie Vonlanthen, un lieu dédié aux écritures contemporaines. Il y met à l’affiche «Les débutantes», sa deuxième pièce, dont il assume la mise en scène comme il l’a fait et le fera avec «La secte» (2001), «Monsieur le président» (2008), «Puissants et miséreux» (2010). «Pour moi, l’écriture et la mise en scène sont indissociables; je ne pourrais pas confier mon texte à quelqu’un d’autre et je n’ai jamais eu non plus l’envie de mettre en scène le texte d’un autre.» Chronophage, la gestion de son théâtre lui accorde en revanche une grande liberté artistique. «Imaginer et concrétiser un projet tel que « Chute d’une nation » aurait été, a priori, impossible ailleurs.» DANS LES COULISSES D'UNE CAMPAGNE PRESIDENTIELLE
Une pièce en quatre épisodes dans les coulisses d’une campagne présidentielle.
UNE PIECE QUI VAUT LE DETOUR Julien Roche, Scènes magazine, novembre 2012
Qui pousse des cris d'orfraie à la simple mention de théâtre politique ou engagé aurait tout intérêt à aller voir la "série théâtrale épique et politique en quatre épisodes" de Yann Reuzeau, en résidence au Poche ce mois-ci. Le feuilleton théâtral du jeune auteur et metteur en scène n'a rien d'une démonstration sèche et militante ; il s'agit d'une fiction prenante, riche et dense, portée par d'excellents acteurs.
Le spectateur tenté de chercher dans cette pièce se déroulant dans la France d'aujourd'hui des citations, des références à l'actualité, des clefs en somme, sera très vite dispensé de cette peine. L'univers de Chute d'une nation, s'il est traversé d'échos inévitables (aux élections de 2002 par exemple), est bel et bien fictif : l'intérêt que présentent personnages et situations d'une part, le dynamisme de la mise en scène et le brio des comédiens d'autre part, suffisent largement à concentrer notre attention et à nous donner envie de voir les épisodes suivants. La pièce est en effet constituée de quatre épisodes d'une heure et demie environ, et couvre toute une élection présidentielle, des primaires du parti de gauche à l'élection proprement dite. Il est certes possible de voir chaque épisode séparément ; comme dans toute bonne série, une sélection des moments forts de l'épisode précédent est interprétée en ouverture, afin de renseigner le spectateur sur l'état de la situation. Le rythme endiablé de la pièce risquera cependant de dérouter le spectateur prenant le train en marche ; il est vivement recommandable de ne pas manquer le premier épisode, où le décor est planté.
Au coeur d'une campagne électorale
Au centre de l'histoire se trouve un député parlementaire, Jean Vampel, droit, honnête et très croyant, qu'un stratège du parti persuade de critiquer publiquement le candidat favori aux primaires de son propre parti, l'Union de Gauche. Ayant acquis une certaine notoriété en se faisant le chantre de l'éthique, Vampel décide de se présenter lui-même aux primaires, poussé par une assistante parlementaire particulièrement ambitieuse. Tous deux savent pertinemment qu'il n'a aucune chance : non seulement il n'est pas le candidat de gauche favori, mais la Présidente sortante (du Rassemblement démocratique, parti de droite) jouit d'une popularité qui ne laisse planer aucun doute sur sa réélection. Malgré cette situation peu favorable et les doutes auxquels Vampel est sujet, l'équipe de celui-ci croit fermement en lui et l'enjoint à ne pas renoncer. Parallèlement, des événements graves se produisent et enveniment la vie politique : des émeutes en banlieue, le meurtre d'un policier, une série d'attentats. Cette situation semble profiter à un candidat d'extrême-droite, Mérendien, dont la montée dans les sondages inquiète la classe politique. Laissons dans l'ombre les nombreux rebondissements afin de ne pas gâcher le suspens. Car du suspens, il y en a, et c'est avec une curiosité fébrile que nous suivons de soir en soir l'évolution de la campagne. Tenir en haleine son spectateur n'est pas la seule qualité de cette pièce et l'intérêt ne réside pas uniquement dans l'issue du scrutin ; c'est le cheminement même des personnages, leurs transports, leurs hésitations, leurs débats houleux, qui passionne le spectateur au premier chef. Derrière les manigances, les tractations et les déclarations, des situations humaines se déroulent en coulisses ; l'intérêt est ainsi constamment alimenté par la diversité des situations représentées. Débat animé dans le bureau de campagne, meeting, déclaration à la presse, débat sur un plateau télévisé, situation privée : la vie politique est éclairée sous tous ses aspects. Ce kaléidoscope de situations dans lequel les personnages sont pris est servi par un texte excellent : les dialogues sont vifs, drôles et percutants, et les discours sonnent plus vrais que nature. La mise en scène est sobre et efficace ; quant aux comédiens, ils sont tous remarquables et incarnent parfaitement leurs personnages, conférant à la pièce un réalisme indéniable. Louons particulièrement Sophie Vonlanthen qui interprète une assistante parlementaire aux dents longues, et Emmanuel de Sablet, dont le jeu roublard, la gouaille et le sourcil mobile donnent une saveur et un piquant à son personnage d'homme d'affaire vaguement philanthrope.
(…) Répétons notre enthousiasme : Chute d'une nation est une pièce qui vaut le détour. A chacun de décider, au terme du premier épisode, s'il choisira de revenir ; gageons que ce sera le cas, tant l'histoire est prenante, les situations intéressantes, et les comédiens talentueux. Une chose est sûre : à l'issue de la pièce, le regard que nous portons sur la scène politico-médiatique en est complètement transformé ; et de même que les comédiens nous ont semblé de véritables politiciens, de même les hommes politiques en représentation nous rappellent désormais, de façon invincible, les comédiens de la pièce.
SPECTACLE EVENEMENT Marie-Pierre Genecand, Le Temps-Sortir, 25 octobre 2012
Ce fut un des spectacles événements de l'an dernier à Paris. A l'affiche pour 150 représentations à la Manufacture des Abbesses, Chute d'une nation, de Yann Reuzeau, a suscité l'admiration du public et de la critique. Série théâtrale en quatre épisodes, ce spectacle raconte la campagne présidentielle d'un politicien de gauche contre le président de droite en place. «C'est du théâtre politique engagé, ludique, dont les dialogue sont extraordinaires de pertinence», s'est enthousiasmée Françoise Courvoisier lors de la présentation de sa saison au Poche, en mai dernier. «Sur 560 députés de l'Assemblée nationale, 450 sont anonymes. Nous en suivons un de manière virtuelle et, à travers lui, nous posons les questions de notre responsabilité dans l'accession au pouvoir d'un parti d'extrême droite», a expliqué Yann Reuzeau dans la même conférence de presse. Attention, le premier épisode de cette saga débute à 18h30, le 7 novembre au Poche. Le site internet du Théâtre Le Poche donne en détail le calendrier des représentations de cette série qui ira ensuite à Neuchâtel et à Vevey. CHUTE DUNE NATION Philippe Clerc, Market.ch, octobre 2012
Chute d’une nation de Yann Rezeau est une saga politique qui nous entraîne dans les coulisses d’une campagne électorale. Cette pièce de théâtre particulière repose sur une idée originale : elle est conçue comme une « série théâtrale », à l’image d’une série télévisuelle, en 4 épisodes. Chaque épisode peut être vu séparément, les comédiens jouant en prologue le résumé des épisodes précédents, comme un flash-back regroupant les moments clefs, mais il est plaisant de voir les quatre, en deux soirées ou en une journée exceptionnelle : le dimanche 25 novembre. Avec des scènes courtes et un rythme soutenu, vous vous laisserez prendre au jeu de la campagne électorale et serez amenés à réfléchir sur la fragilité de notre démocratie. LA POLITIQUE, BAL DES AMBITIEUX, UNE SAGA RÉJOUISSANTE Grégoire Biseau, Libération, 16 décembre 2011
Il n’est pas impossible que le spectateur qui sort d’un des quatre épisodes de Chute d’une nation se retrouve dans l’incapacité d’exprimer clairement ce à quoi il a assisté. Une bonne série télévisée ? Evidemment pas, même si l’on se retrouve dans le même état addictif. Prêt à vendre père et mère pour dévorer, là dans la minute, la suite de l’épisode qui vient de se terminer sur un suspense à l’efficacité très marketing. Une pièce de théâtre ? Pas totalement non plus, vu le nombre de gènes qu’elle a en commun avec ses muses télévisuelles américaines, les À la Maison Blanche et consœurs. Une créature hybride, donc. Et rien que pour cela, excitante (…) La première réussite de cette tétralogie : ausculter cet étonnant carburant qu’on appelle l’ambition en politique. (…) L’autre réussite de cette Chute d’une nation réside dans le subtil dosage entre réalité documentaire et pure fiction. (…) LE MONDE C’est extrêmement efficace : scènes courtes, rythme soutenu… on se laisse prendre au jeu, qui pour Yann Reuzeau doit amener le spectateur à réfléchir sur la fragilité de notre démocratie. (…) Le don sidérant de Reuzeau pour les dialogues fait mouche et les comédiens n’hésitent pas à appuyer sur la pédale. C’est la règle d’une campagne. FRANCE CULTURE Une pièce qui laisse tout le monde pantois, totalement fascinante. C’est extrêmement bien fait avec des dialogues qui fusent à toute allure. Un défi d'écriture incroyable. (…) Ce qui est incroyable c'est la manière dont vous articulez ce qui est de l'ordre du discours politique et ce qui est de l'ordre de l'individu réellement, il y a une plongée dans l'humanité de ces personnages, dans leur singularité, dans leur personnalité. (…) Il y a la grande Histoire qui broie les personnages et il y a les personnages, qui, aussi, la fabriquent. On est littéralement captivé. Rarement au théâtre j’ai été à ce point prise autant dans le simple plaisir de la fiction qui nous tient haletant du début à la fin. Chute d’une Nation parvient à soutenir un rythme parfait, en jouant d’un suspens tendu et maîtrisé. On pense à l’excellent West Wing. La même densité, la même efficacité qui déroule un fil narratif parfaitement tendu, toujours unifié. (…) Une logique narrative implacable qui emporte tout. Qui emporte aussi l’adhésion de la salle. Parce qu’elle procure un intense plaisir d’autant qu’elle sert un propos éminemment jouissif, celui de la politique fiction. Un tableau épique et haut en couleur. LE FIGARO MAGAZINE Une pièce politique, une vraie. Pas une pièce politicienne qui prendrait parti pour un camp ou un autre ni une réflexion philosophique sur l'art de gouverner un pays mais une plongée dans l'univers du politique avec ses coups bas, ses grandeurs, ses mesquineries, ses aspirations. L'auteur réussit à ne tomber ni dans la démagogie ni dans la complaisance. Le spectacle est d'autant plus convaincant que la distribution est de grande qualité. CASSANDRE HORSCHAMP Un vrai théâtre politique, d'aujourd'hui. Le suspens y est haletant, jouissif. L'idée de la série est ici idéale pour le rythme et la nature du propos. Mais la grande force de l'œuvre, c'est de relier une humanité et une psychologie complexes à une réalité politique brûlante. Servie par une distribution impeccable, magistralement dirigée, la force des personnages et de l'histoire nous emporte, elle s'adresse directement et profondément à nous, plus ou moins citoyens, plus ou moins épris de politique, tous concernés. Yann Reuzeau est un auteur qui manquait. De ceux qui savent s'effacer devant leur propos. Venez prendre cœur et distance dans la campagne électorale, ça devrait même vous aider à voter utile. De l'art comme un miroir captivant et réfléchissant. LE NOUVEL OBSERVATEUR Enfin du nouveau. Reuzeau sonde les coeurs et les reins de ceux qui se jettent dans la mêlée. Le spectacle, servi par une troupe solide, est percutant, drôle, parfois angoissant. On a qu’une envie en sortant, savoir comment tout ça va tourner. LE PARISIEN Dans les méandres d'une campagne électorale… (...) Avec une écriture efficace, l'auteur dépeint le combat intérieur entre éthique personnelle et une conscience politique. Il montre les compromissions, les affrontements, les coups bas ainsi que les liens troubles entre politiques et journalistes. Sans jamais tomber dans la caricature, Reuzeau a créé des personnages finalement humains et sincères. Une pièce saisissante de vérité. PARISCOPE La narration est limpide et captivante. Dans une mise en scène sobre et claire de l’auteur, les comédiens, tous formidables, font vivre avec une belle intelligence l’histoire entre drame et comédie de la vie. |
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